Les enfants face au deuil : dessiner et écrire sur le cercueil

Par Pierre-Étienne, dirigeant et maître de cérémonie chez Pompes Funèbres de France, à Lucé.

Novembre est, dans notre tradition, le mois du souvenir. C'est une période où l'on pense un peu plus à ceux qui ne sont plus là, où l'on va fleurir une tombe, où l'on se recueille. Mais c'est aussi une bonne occasion, je crois, de parler d'un sujet que beaucoup de familles n'osent pas aborder facilement : la place des enfants dans une cérémonie d'obsèques.

Chaque semaine, à l'agence de Lucé, des parents ou des grands-parents me posent la même question, avec les mêmes hésitations dans la voix : « Est-ce qu'on doit emmener les enfants ? Est-ce que c'est une bonne idée ? Ne risque-t-on pas de les traumatiser ? » Ce sont des questions légitimes, et je comprends très bien qu'elles vous préoccupent. J'aimerais, avec cet article, vous rassurer et vous montrer, à travers ce que j'observe régulièrement sur le terrain, que les enfants ont souvent bien plus de ressources qu'on ne le pense pour traverser ces moments.

Ce que j'observe, très simplement, sur le terrain

Quand il y a des enfants à une cérémonie, il se passe presque toujours la même chose : ils n'écoutent pas vraiment la cérémonie. Ce n'est pas un manque de respect, bien au contraire. Ils suivent leur propre rythme. Certains viennent, dès le début, s'installer près du cercueil pour écrire un petit mot ou dessiner dessus. D'autres attendent le milieu de la cérémonie, ou même la fin, pour s'approcher tranquillement, un feutre à la main.

La première fois qu'un enfant fait cela pendant que l'assemblée est recueillie, cela peut surprendre, voire désarmer et déconcentrer un peu les adultes présents. Mais avec l'expérience, j'ai appris à y voir tout autre chose : un vent de fraîcheur et de légèreté, au beau milieu d'un moment souvent lourd. Les enfants apportent, sans le savoir, une forme de naturel et de simplicité qui fait parfois beaucoup de bien à toute la famille.

Pourquoi laisser un enfant dessiner ou écrire sur le cercueil ?

Un enfant ne vit pas le deuil de la même façon qu'un adulte. il découvre, il apprend, il n'a pas toujours les mots pour exprimer ce qu'il ressent, et il n'a pas non plus, souvent, la capacité de rester longtemps immobile et silencieux — ce qui est, du reste, tout à fait normal à son âge. Lui donner un feutre et l'inviter à dessiner un cœur, un soleil, une fleur, ou à écrire simplement « je t'aime papi » ou « tu vas me manquer », c'est lui offrir une façon d'exprimer son chagrin avec ses propres moyens, sans avoir besoin de comprendre tout le déroulement d'une cérémonie.

C'est aussi une manière, pour lui, de participer activement à l'hommage rendu à la personne disparue, plutôt que de rester spectateur d'un moment qui, sinon, peut lui sembler très abstrait. Beaucoup de parents me disent, après coup, que ce geste a beaucoup aidé leur enfant à mieux comprendre ce qui se passait, et à trouver sa place ce jour-là.

Comment le proposer, sans forcer ni contraindre

Il n'y a pas de règle stricte, et c'est justement ce qui est important à retenir : chaque enfant est différent, et il n'y a pas de bonne ou de mauvaise façon de faire. Voici néanmoins quelques repères simples que je partage volontiers avec les familles :

  • Ne forcez jamais un enfant à participer. Certains préfèrent rester tout contre un parent, sans bouger, et c'est très bien aussi. La proposition doit rester libre.
  • Expliquez simplement ce qui va se passer, avec des mots adaptés à son âge, avant la cérémonie. Un enfant qui comprend, même vaguement, pourquoi tout le monde est réuni, sera moins désorienté sur le moment.
  • Prévoyez des feutres adaptés (nous pouvons nous en occuper avec vous) pour que le geste soit simple à réaliser, sans improvisation de dernière minute.
  • Ne vous inquiétez pas du regard des autres. J'ai vu, à de nombreuses reprises, des assemblées entières attendries et touchées par ce naturel enfantin, plutôt que dérangées.
  • Laissez l'enfant choisir son moment. Certains le feront dès leur arrivée, d'autres en plein milieu de la cérémonie, d'autres encore tout à la fin. Tous ces moments sont les bons.


Un livre qui peut aider à en parler avec eux

Beaucoup de parents me demandent aussi comment aborder le sujet du décès avec un enfant, avant même la cérémonie. Je conseille souvent, dans ces moments-là, un très joli livre pour enfants : Au revoir Blaireau. C'est une histoire tournée non pas vers la perte, mais vers ce qui reste : le souvenir, la continuité, tout ce que la personne disparue a transmis à ceux qui restent. C'est une lecture simple, tendre, qui peut vraiment aider à ouvrir la discussion en famille, avant ou après des obsèques.

Une image que je n'oublierai jamais

Il y a une scène, en particulier, que je garde en mémoire depuis plusieurs années. C'était lors d'obsèques au cimetière de Luisant, rue Marceau: tout le monde était triste, on était en silence, comme souvent dans ces moments-là. Et puis, à la toute fin de la cérémonie, l'arrière-petite-fille de la défunte — la petite-fille de la personne qui organisait les obsèques — s'est mise à courir et à rire au milieu des tombes. Au même instant, un rayon de lumière a percé.

Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais tout est devenu plus léger, plus facile pour tout le monde à cet instant précis. Le fils de la défunte s'est approché de sa petite-fille, l'a prise dans ses bras, visiblement plus détendu, avec un vrai sourire. Peut-être que cette enfant, sans le savoir, lui rappelait que la vie continue. Peut-être avait-il simplement besoin de cette présence, de cet amour différent, pour avancer un peu. Je ne sais pas si je projette mes propres émotions sur ce souvenir, mais je suis convaincu que cette petite fille, ce jour-là, a aidé son grand-père à traverser ce moment.

Un naturel qui fait souvent beaucoup de bien aux adultes aussi

Ce que je retiens, après plusieurs années à accompagner des familles dans ce genre de moments, c'est que la simplicité des enfants a souvent un effet apaisant sur les adultes eux-mêmes. Voir un petit-enfant dessiner tranquillement un soleil sur le cercueil de son grand-père, au milieu d'une cérémonie a l'église ou au cimetiere autrement très solennelle, rappelle à tous que la vie continue, avec sa douceur et son innocence, même dans les moments les plus tristes.

C'est une des raisons pour lesquelles, à l'agence, nous encourageons toujours les familles à intégrer les enfants selon leurs envies, sans tabou ni obligation. Ce n'est ni bien ni mal de les emmener : c'est une décision qui vous appartient, et nous sommes là pour vous accompagner quel que soit votre choix.

Questions fréquentes

À partir de quel âge un enfant peut-il assister à des obsèques ? Il n'existe pas d'âge minimum imposé. Cela dépend surtout de la maturité de l'enfant et de la relation qu'il avait avec la personne disparue. Le plus important est de bien lui expliquer, avant, ce qui va se passer, avec des mots simples adaptés à son âge.

Faut-il prévenir l'agence si des enfants seront présents ? Ce n'est pas obligatoire, mais c'est utile. Cela nous permet de prévoir des feutres adaptés et d'organiser sereinement ce moment avec vous, sans rien improviser le jour de la cérémonie.

Et si l'enfant ne veut rien faire ou refuse de s'approcher du cercueil ? C'est tout à fait normal et il ne faut surtout pas le forcer. Chaque enfant vit le deuil à sa manière. Rester simplement présent, aux côtés d'un parent, est une façon tout aussi valable de vivre ce moment.

Y a-t-il un livre pour aider à expliquer un décès à un enfant ? Je conseille volontiers Au revoir Blaireau, une histoire douce et tournée vers le souvenir plutôt que vers la perte. C'est un bon point de départ pour ouvrir la discussion en famille, avant ou après des obsèques.


Pierre-Etienne MERCIER - Dirigeant des POMPES FUNEBRES DE FRANCE Chartres - Lucé 📍 57 rue de la République, 28110 Lucé

📞 02 37 25 82 02 (Permanence 24h/24)


À propos de l'auteur: 

Pierre-Étienne exerce dans le secteur funéraire depuis 5 ans et a fondé son agence de proximité, Pompes Funèbres de France, il y a 3 ans, à Lucé. Il est diplômé et certifié en tant que maître de cérémonie, conseiller funéraire et dirigeant d'entreprise funéraire. Il est aussi père de trois enfants âgés de 3 à 8 ans, et c'est avec ce regard de père aimant et protecteur qu'il réfléchit, chaque jour, à la juste place des enfants dans un moment d'obsèques. Il accompagne au quotidien des familles de Lucé, Chartres, Luisant, Mainvilliers et des communes voisines, avec une attention particulière portée à l'humain et à la simplicité.

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