Le 26 avril 2026 : Journée du Souvenir — qu’est-ce que c’est ? Pourquoi tant de commémorations à Chartres ?
Chaque dernier dimanche d’avril, la France rend hommage aux victimes et héros de la Déportation. Cette journée nationale, créée par la loi du 14 avril 1954 à l’initiative d’anciens déportés eux-mêmes, précède la date anniversaire de la libération des camps nazis. Loin d’être un simple rituel, elle porte une exigence : celle de ne pas laisser s’éteindre la mémoire de celles et ceux qui ont été déportés pour leurs origines, leurs idées, ou leurs actes de résistance.
Une journée d’histoire et de recueillement
À Chartres, cette Journée du Souvenir se tient le dimanche 26 avril 2026 à 10 h 30 sur l’Esplanade de la Résistance, face au monument Jean Moulin.
Ce lieu emblématique, tout proche de la cathédrale, réunit chaque année les élus, les associations d’anciens combattants et les habitants dans un moment rare de silence partagé.
Jean Moulin, préfet d’Eure‑et‑Loir au moment de l’invasion allemande, refusa dès juin 1940 de signer un texte mensonger qui aurait accusé les troupes sénégalaises de l’armée française d’exactions. Cet acte de courage lui valut d’être arrêté, puis torturé. Libéré, il rejoignit la France libre et devint une figure majeure de la Résistance intérieure avant d’être arrêté et assassiné par la Gestapo en 1943.
Chartres garde encore la trace de son engagement : un monument, une fresque monumentale près de la cathédrale, et la Place de la Résistance rappellent ce lien intime entre la ville et l’histoire nationale.
Cette journée rappelle aussi que la déportation ne toucha pas que les combattants. Des familles entières furent arrachées, et beaucoup ne revinrent jamais. Le souvenir s’exprime donc à la fois dans les monuments publics et dans la mémoire familiale – ces récits transmis, ces photos gardées dans une boîte, ces noms gravés sur une plaque du village.
Le souvenir, apprentissage collectif et lien entre générations
Le souvenir n’est pas qu’un regard tourné vers le passé. Il est une expérience partagée qui oblige à comprendre et à réfléchir. « Se souvenir, c’est éviter de recommencer les mêmes erreurs » disait un de mes professeurs d’histoire – et cette maxime résonne plus que jamais .
Notre société, marquée par la mobilité et la mondialisation, a souvent perdu le fil des racines locales. Autrefois, les êtres restaient proches : même région, même terre, mêmes cimetières. Aujourd’hui, les vies se dispersent ; les familles, parfois, n’ont plus de lieu fixe pour se recueillir. Le souvenir s’affaiblit là où il n’a plus de sol, plus de symboles.
Mais oublier le passé, c’est risquer d’oublier ce que la Liberté a coûté. Les générations nouvelles ont besoin de lieux, de récits, de repères pour comprendre le monde qu’elles héritent.
Quant aux plus anciens, ils sont les passeurs d’une mémoire vivante : raconter, témoigner, transmettre.Il n’y a pas une seule façon de se souvenir — les cérémonies officielles comme les gestes intimes participent toutes à la même œuvre : garder vivants ceux qui ne sont plus là, dans les mots, dans les gestes, dans la pierre ou la fleur déposée.
Notre rôle : accompagner le souvenir
Dans notre métier, le souvenir n’est pas un mot abstrait. C’est une présence quotidienne. Connaître ces journées, en parler, c’est participer à notre échelle à cet effort de mémoire collective.
Chaque famille que nous accompagnons garde, à sa manière, le lien avec ceux qui sont partis — qu’ils soient éloignés par le temps, la distance ou la mort. Les plaques, fleurs, monuments, les instants d’échange, sont des supports de ce souvenir ; des façons de dire : « Tu n’es pas oublié. »
Conclusion
Le 26 avril 2026, en rejoignant la cérémonie ou simplement en y pensant, chacun peut raviver ce fil fragile et essentiel de la mémoire. Le souvenir n’appartient à personne : il est ce qui relie les vivants aux disparus, le passé à l’avenir, la terre natale à ceux qui y reposent .
Et s’il n’y avait qu’une leçon à retenir : se souvenir, c’est déjà construire l’avenir.
Pierre-Etienne MERCIER - Conseiller funéraire et dirigeant de POMPES FUNEBRES DE FRANCE Chartres -Lucé