L’appel du dimanche soir : entre sacerdoce funéraire et vie de famille

L’appel du dimanche soir : entre sacerdoce funéraire et vie de famille

Le dimanche soir offre souvent ce répit fragile où le temps semble enfin nous appartenir. Pourtant, c’est précisément dans cet instant de grâce, alors que les rires (et les cris) de mes 3 enfants et les effluves de la blanquette de dinde que nous apprêtions à partager avec ma femme et ma mère remplissaient la maison, que le téléphone a rompu le silence. À l’autre bout du fil, une autre famille, réunie elle aussi, mais dans l’ombre de la perte, au cœur des villages du Vovéen. À l’EHPAD Texier Gallas, une existence de près de cent ans venait de s'éteindre doucement.

Quitter les siens pour honorer ceux qui s'en vont

Faire le choix d’être conseiller funéraire, c’est accepter cette disponibilité de chaque instant. C'est habiter un chemin de crête, un sacerdoce silencieux où l’on consent à une étrange dissonance : s'arracher à la chaleur des siens, à ces visages familiers que le métier nous laisse parfois trop peu voir, à sa tranquillité et son quotidien, pour aller soutenir une autre famille.
Il y a un paradoxe poignant à s’éloigner de ceux que l'on chérit pour se mettre au service de ceux qui, désormais, ne pourront plus jamais serrer leur proche contre eux. Quitter les miens est le prix à payer pour honorer, avec la dignité requise, la mémoire de ceux qui s'en vont.

La route de nuit : une transition vers l'autre

La route de nuit, entre mon domicile proche de Dreux, mon agence POMPES FUNÈBRES DE FRANCE à Lucé et le sud de Chartres, me met en conditions. En quittant l'agence, j’ai traversé Barjouville et contourné l’Hôpital du Coudray, bercé par le défilé des lumières fugaces. Chaque kilomètre est une transition nécessaire, un dépouillement intérieur pour se rendre pleinement disponible à la douleur d'autrui.

Au cœur de l'EHPAD : le récit d'une vie centenaire

Une fois arrivé sur place, on signe les papiers, puis le temps n'est plus à la logistique, mais au récit de celle qui est partie. Son fils et sa fille me parlent de cette maman qui allait célébrer son centième anniversaire dans deux jours, et de cette sœur aînée, une fringante centenaire de 102 ans, qui veillait encore avec une tendresse infinie sur sa « petite sœur ».
Ils évoquent la maison à Rouvray-Saint-Florentin où elle est né a l'étage, ou elle a grandi, et où son fils réside aujourd'hui, ancrant ainsi le souvenir dans la terre de l'Eure-et-Loir. Dans ce couloir d’EHPAD, on discute d’une vie, de souvenirs, on fait connaissance tant avec ceux qui restent qu'avec celle qui a disparu. Puis on sépare cette famille de leur mère.

Éthique et déontologie : la priorité du service

Cette famille m’a sollicité par le fruit du hasard, cherchant un repère, quelqu'un de disponible un dimanche soir dans ce qui est pour eux une tempête. Je leur ai simplement murmuré l’essentiel : ma priorité immédiate est d’assurer la sérénité de ce transfert vers le funérarium de Chartres.
Ici, la déontologie devient une forme de pudeur. Pour la suite, pour l’organisation de la crémation à Mainvilliers, leur liberté reste absolue. Je serais fier de continuer à les accompagner, mais ils ne doivent pas se sentir captifs de l’aide apportée durant l’urgence. Leur deuil, leurs obsèques : le choix doit rester le leur.

Le retour au foyer : la valeur de l'instant

Quand je franchis enfin le seuil de ma maison à Anet, le silence a remplacé les rires. Mes enfants sont déjà couchés, emportés par le sommeil. Ma mère est repartie ; je ne l’ai presque pas vue. Ma femme, elle, marque une certaine distance, un reproche muet pour cette absence brutale au milieu d'un repas de famille. Elle me rappelle, à raison, que le temps file et que mon assiette est froide.
En allant embrasser mes enfants sur le front, je ressens une certaine tristesse de ne pas partager autant de temps avec eux que je le voudrais, mais aussi une conscience aiguë de ma chance. Demain, j'appellerai ma mère pour m'excuser d'être parti si vite. Je sais la chance que j'ai d'avoir encore la possibilité de le faire, quand pour ceux que je viens de quitter, ce ne sera plus jamais possible. J’ai troqué la quantité des moments partagés contre la certitude que chaque instant est puissant et précieux.
C’est là que réside le moteur et la noblesse de ma mission : offrir un peu de mon propre temps, de mon énergie et de l'amour des miens, pour permettre à ceux qui n'ont plus cette chance d'offrir un dernier hommage digne à celui qui part, et un souffle de sérénité à ceux qui restent.


Pierre-Etienne MERCIER - Dirigeant et conseiller funéraire POMPES FUNÈBRES DE FRANCE – Lucé / Chartres

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