Deuil après un suicide : Et si on parlait enfin de « ceux qui restent » ?
Ce 22 avril 2026, un article de France 3 a mis en lumière le travail de Manon Le Thuaut, infirmière et autrice du roman « Quand le cœur choisit de s’éteindre ». Son message est un cri du cœur que je partage quotidiennement à l’agence : le suicide est un deuil à part, où le silence est souvent le pire ennemi des familles.
En tant que conseiller funéraire à Lucé, je vois passer ces regards marqués par une question sans réponse. Manon a raison de lever le tabou : il est temps de s’occuper de ceux qui restent.
Le « Sur-Deuil » : Quand la culpabilité s'invite à la cérémonie
Le deuil après un suicide est souvent un deuil « empêché ». La famille ne pleure pas seulement un être cher, elle lutte contre un sentiment de culpabilité dévastateur : « Est-ce que j'aurais pu voir ? Est-ce que j'aurais pu faire plus ? »
Mon rôle, lors de notre premier rendez-vous à l'agence, est de créer une bulle où cette culpabilité n'a pas sa place. Nous ne sommes pas là pour juger le geste, mais pour honorer l'homme ou la femme qui était là avant la souffrance.
Restaurer la dignité par l'hommage
Manon souligne que l'on s'intéresse souvent à celui qui part, mais rarement au parcours de reconstruction des proches. Pour moi, cette reconstruction commence dès l'organisation des obsèques :
- Redonner la parole : Dans ces moments de sidération, les mots manquent. C’est là que nos outils de personnalisation — comme ces calepins de souvenirs que je confie aux familles — prennent tout leur sens. Ils permettent de sortir du « pourquoi » pour revenir au « qui ».
- Un cadre apaisé : Que la cérémonie se déroule à Chartres ou dans l'intimité de nos salons de Lucé, nous veillons à ce que le protocole soit d'une douceur absolue. Le choix d'une musique aimée ou d'une couleur fétiche est un premier pas pour "réparer" un peu de cette douleur brutale.
Mon engagement : Une présence sans jugement
À l'agence de la rue de la République, nous recevons chaque famille avec la même bienveillance, mais nous savons que le deuil par suicide demande une écoute encore plus fine.
Comme le dit si bien Manon, accompagner une personne endeuillée, c'est adopter une attitude différente, faite de respect et de silence partagé. Nous sommes là pour porter la logistique technique (transfert, crématorium de Mainvilliers, cimetière de Saint-Chéron) afin que vous n'ayez qu'à porter votre mémoire.
Pierre-Etienne MERCIER - Dirigeant des POMPES FUNÈBRES DE FRANCE Chartres-Lucé
Si vous ou l'un de vos proches traversez une période difficile, n'oubliez pas qu'il existe des lignes d'écoute comme le 3114 (Souffrance Prévention Suicide), disponibles 24h/24.